Le sombre Business juteux des singes récolteurs de noix de coco

La folle envolée de la demande en noix de coco

Face à l’engouement général des pays occidentaux, le business de produits dérivés de la noix de coco a augmenté considérablement depuis cette dernière décennie : “En dix ans, la production de noix de coco a augmenté de 13,5 % pour atteindre 62 millions de tonnes en 2013(Fig.1) (Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement, 2016). Utilisée jadis très occasionnellement en cuisine, ce fruit exotique est devenu l’un des ingrédients phares de la cosmétique végétale, notamment. Devant cette demande croissante, les systèmes de production s’adaptent et déploient tous les moyens nécessaires, afin d’y répondre favorablement. Mais cette apparente mine d’or n’est pas sans conséquence éthiques, humaines, et écologiques. 

Fig.1 (Source : Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, Statistiques) 

      L'enquête choc de PETA

L’enquête réalisée par la célèbre, et plus grande Association au monde de protection des animaux :  PETA, publiée le 3 juillet 2020, émeut le monde entier. Dans cette enquête, l’association révèle les conditions de vie, et de travail, de petits singes, dressés pour la récolte des noix de coco.  

Ces derniers travaillent non loin de 12 heures par jour : “de jeunes singes terrifiés sont gardés enchaînés, dressés de façon cruelle et forcés de grimper aux arbres pour cueillir des noix de coco” (PETA France, 2020). De manière générale, ces petits primates sont prélevés dès leur plus jeune âge, dans leur environnement, à l’état sauvage. Arrachés à leurs mères, elles-mêmes abattues par des chasseurs, ils sont ainsi plus faciles à apprivoiser et exploiter, selon le deuxième journal britannique le plus vendu (The Daily Mail, 2015). La rentabilité de ces animaux surpasse de loin la nôtre, puisqu’ils sont capables de récolter jusqu’à 1000 noix de coco par jour (contre 80 chez l’humain) (Bangkok Post, 2020), devenant ainsi des vulgaires machines à récolter des noix de coco” (BBC,2020). 

A la barbarie de cet acte, s’ajoute les dommages environnementaux causés par le prélèvement d’une espèce à son milieu naturel. L’équilibre d’un écosystème est très fragile, et dépend d’une multitude de relations entre la faune et la flore, toutes interdépendantes les unes des autres. Une telle rupture dans le réseau trophique implique des réactions en chaîne dramatique.  

 

 

Source: Mr Mondialisation (disponible: https://mrmondialisation.org/la-noix-de-coco-du-conte-de-fees-commercial-au-cauchemar/) 

 

Ces petits primates d’une sentience* très élevée, développent des troubles du comportement proches de la folie, à l’instar des humains retenus captifs. D’une grande intelligence, le cerveau des macaques est l’objet de nombreuses études scientifiques. Ces derniers présentent une vie sociale et une culture complexe, ils éprouvent certaines émotions, d’ordinaire attribuées à l’humain, comme la jalousie. Certains scientifiques ont d'ailleurs démontré qu’ils avaient conscience d’eux-mêmes : “la récente découverte d'une zone du cerveau propre aux émotions chez le macaque rhésus. C'est dans cette « insula », présente chez les humains, les grands-singes, les cétacés ou les éléphants, que se trouvent les « neurones de l'empathie » (One Voice, 2017). Ces révélations viennent appuyer la gravité de tels actes portés sur des individus émotionnellement si proches de nous.  

 

*Le mot “sentience” fait son entrée dans le Larousse en 2020, c’est un événement marquant et une victoire non négligeable pour les défenseurs de la cause animale, il est défini comme suit : “Sentience (du lat. sentiens, ressentant) : pour un être vivant, capacité à ressentir les émotions, la douleur, le bien-être, etc. et à percevoir de façon subjective son environnement et ses expériences de vie”. 

La réaction du monde entier

Face à ces dénonciations dérangeantes, qui se répandent comme une trainée de poudre en quelques jours à travers le monde, le grand public s’insurge et dénonce ces pratiques cruelles et archaïques sur la toile. Le mécontentement général fait boule de neige, et les autres organismes et associations de protection des animaux se saisissent du sujet, relayés par les médias internationaux.  

L’appel au Boycott des marques collaborant avec des fournisseurs pratiquant ce mode de récolte retentit, les géants britanniques Waitrose et Boots répondent à l’appel et retirent tous les produits concernés de leurs rayons, dans plus de 16 000 magasins (PETA Asia, 2020) sachant qu’“Environ 70 % du lait de coco thaïlandais exporté vers le Royaume-Uni est distribué dans des supermarchés” (Rédaction Thaïlande, 2020). L’Association de protection des animaux One Voice intègre le paramètre du “travail des animaux” à sa liste (déjà extrêmement exhaustive et exigeante) de critères menant à sa labélisation (One Voice, 2020).  

Beaucoup de personnalités publiques, telles que Carrie Saymonds, compagne du Premier ministre Boris Johnson, soutiennent cette cause et publient sur les réseaux sociaux, afin de sensibiliser le grand public à ce sujet (Courrier International, 2020). Le gouvernement Thaïlandais tente d’étouffer l’affaire et dément les accusations de PETA, et montre son soutien aux cultivateurs (Toute la Thaïlande, 2020), créant des remous au niveau politique. Mais la machine est lancée et le scandale est désormais international.  

En conclusion, les lanceurs d’alertes, telles que les associations militantes comme PETA sont nécessaires afin de révéler aux yeux du monde les atrocités commises à l’encontre des animaux, pour le profit. Cela permet de secouer les consciences et, ainsi, une indignation de l’opinion publique, relayée par les médias, permet d’atteindre les hautes sphères politiques, là où les réelles décisions se prennent. Soucieux de l’impact sur le commerce et leur réputation, les gouvernements pourront ainsi prendre les mesures nécessaires pour faire cesser ces comportements. 

A titre personnel, l’entreprise Louve Papillon se positionne fortement sur le sujet, et boycotte les entreprises affiliées à ce type de pratiques. Nos produits dérivés de la noix de coco ne font en aucun cas appel au singe récolteur. Nous sommes également très fiers de notre communication active lors de nos formations et ateliers concernant cette problématique, sensibilisant et instruisant ainsi un maximum de personnes. 

Auteur: Hélène PRINDEZIS, diplômée d'un master Universitaire en Sciences environnementales, spécialiste en biodiversité. Assistante de direction secteur commercial chez Louve Papillon Swiss Sarl 

A Payerne, le 29 décembre 2020

 

Références  

Alexandra. (2020, Octobre 14). La noix de coco, l’envers du décor : un enfer pour les singes. Récupéré sur Code Animal: https://www.code-animal.com/la-noix-de-coco-lenvers-du-decor-lenfer-des-singes/ 

Banerjee K, Chabris CF, Johnson VE, Lee JJ, Tsao F, Hauser MD (2009) General Intelligence in Another Primate: Individual Differences across Cognitive Task Performance in a New World Monkey (Saguinus oedipus). PLoS ONE 4(6): e5883. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0005883 

Chang, L., Qin Fang, Shikun Zhang, Mu-Ming Poo, & Neng Gong. (2015). Mirror-induced self-directed behaviors in rhesus monkeys after visual-somatosensory training. Current Biology. 

CNUCED, G. s. (2020, Juillet 4). COCO: Un profil de produit de base par INFOCOMM . Geneva : La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement. Récupéré sur The Bangkok Post: https://www.bangkokpost.com/thailand/general/1945744/monkey-picked-coconut-boycott-spreads 

Guillaume, A. (2020, juillet 22). Le mot sentience entre dans le Larousse 2020. Récupéré sur La Fondation Droit Animal Ethique et Sciences: https://www.fondation-droit-animal.org/102-le-mot-sentience-entre-dans-le-larousse-2020/ 

Laer, A. V. (2020, Juillet 6). Thaïlande : PETA dévoile des images de l'exploitation de singes cueilleurs de noix de coco. Récupéré sur Konbini News: https://news.konbini.com/societe/thailande-peta-devoile-des-images-de-lexploitation-de-singes-cueilleurs-de-noix-de-coco/ 

Monkey-picked coconut boycott spreads. (2020, Juillet 4). Récupéré sur The Bangkok Post: https://www.bangkokpost.com/thailand/general/1945744/monkey-picked-coconut-boycott-spreads 

Smith-squire, A. (2015 ). Abducted as babies, chained up and trained to pick 1,000 coconuts every day: Revealed, how the billion-pound coconut water industry is built on the abuse of monkeys. The Daily Mail.