Préservons notre biodiversité durantl'hiver!

Un hiver particulièrement rigoureux 

Les températures hivernales sont particulièrement basses en ce début d’année 2021. Cet hiver fut bien tardif, mais, désormais bien installé, se révèle très rigoureux, mettant à mal la faune sauvage. Dans la nuit du 8 au 9 janvier, les températures enregistrées par les stations météorologiques ont avoisiné les –30,7 degrés à Glattalp, un véritable record ! Selon Météosuisse “la Suisse n’a pas fini de grelotter. Notre pays se trouve entre un anticyclone sur le proche-Atlantique et une zone dépressionnaire sur le Maroc qui se dirige vers la Méditerranée occidentale. Mais entre ces deux systèmes, un courant de bise se met en place et dirige sur nous de l’air polaire (Le Matin, 2021).  

Les impacts de l’hiver sur la faune sauvage 

Durant la période hivernale, la faune sauvage est soumise à un stress terrible, de par les différentes contraintes abiotiques qui s’abattent sur elle.  

Premièrement, les températures très basses obligent les animaux à user de différentes stratégies afin de survivre. Le maintien de leur température corporelle à un niveau suffisamment élevé pour rester en vie demande une énergie folle à leur corps, qui en manque pourtant désespérément par le déficit de nourriture (Nature&Loisirs, 2020). Ce manque de ressources est causé par le gel ou la neige, recouvrant le sol, et par la phénologie des végétaux (événements périodiques saisonniers : perte des feuilles, etc.…), obligeant certaines espèces à changer de régime alimentaire. 

L’épais manteau de neige que revêtissent les prairies et forêts impliquent également des déplacements considérablement ralentis et énergivores pour la faune sauvage, qui parfois même s’y retrouve piégée et meurt d’épuisement. 

Il suffit d’avoir couru une fois dans la neige pour le comprendre : se déplacer à grande vitesse dans une épaisse couche de flocons requiert une énergie décuplée par rapport à la marche. Pour l’humain bien nourri, qui rechargera ses batteries le soir au coin du feu à grand renfort de fondue, l’enjeu est modéré. Pour l’animal aux ressources limitées, c’est une autre histoire. (24 Heures, 2017).

Quand on pense à l’hiver, on pense généralement en premier au manque de nourriture dont nous avons parlé, et pourtant, l’accès à l’eau est le point crucial causant la plus grande mortalité chez les animaux. Trouver de l’eau non gelée quand le thermomètre affiche des températures négatives durant des jours et des jours, représente une véritable épreuve. Ils peuvent manger de la neige, mais le coût énergétique nécessaire à son réchauffement est bien supérieur que lorsqu’ils peuvent boire à partir d’une source non gelée difficile de s’abreuver en hiver lorsque les ruisseaux et les points d’eau restent gelés la plupart du temps” (Sears, 2020). 

Les impacts des événements stressants 

Nous avons soulevé les impacts des facteurs abiotiques (températures, journées raccourcies...) causant la détresse des animaux durant la saison froide, mais qu’en est-il des facteurs biotiques ? En écologie, les facteurs biotiques sont définis comme les interactions existantes, qu’elles soient positives, ou négatives, entre les espèces. Ces dernières peuvent donc être causées par les animaux sauvages entre eux (prédation, mutualisme, parasitisme...), par les animaux domestiques avec les animaux sauvages (chiens se promenant en liberté dans la forêt...), ou par les humains, évidemment ! Les dérangements répétés peuvent s’avérer bien plus impactant qu’il n’y parait. 

En éthologie et écologie des êtres vivants, deux types de réaction sont connues et s’opposent : l’habituation et la sensibilisation. 

L’habituation fait référence à la capacité des animaux à s’habituer à des événements, dans la mesure  ces derniers sont similaires, répétitifs, fréquents, constants, et que les animaux ont pu s’en éloigner sans risque. Dans ce cas de figure précis, ces dérangements deviennent prévisibles et les animaux n’y accoutument en ne réagissant ni par le stress ni par la fuite, à l’instar des chamois observant l’ascension de randonneurs depuis un lieu sûr. 

Mais, dans le pire des cas, le phénomène de sensibilisation peut survenir, en réaction à des dérangements soudains, imprévisibles, venant souvent du haut (comme des skieurs arrivants brutalement)Les réactions violentes restent souvent inaperçues, car les animaux effrayés se tapissent ou fuient longtemps avant d’être vraiment vus. Des actes parfois anodins, provoquant des réactions d’apparence sans conséquence, voir même agréables à voir pour nous autres, amoureux de ces spectacles offerts par la nature, peuvent marquer au fer rouge l’écosystème dans lequel ils s’inscrivent. La désertion des lieux de reproduction, de parade, de nourriture, de nidification, peuvent faire chuter une population. De même, par exemple, “Pour réactiver son métabolisme et pouvoir éventuellement fuir, un cerf va ainsi mobiliser ses réserves et se retrouver en difficulté pour se requinquer. Tout un écosystème en pâtit : la reproduction est impactée, ainsi que la résistance aux maladies et, tout bonnement, la capacité à survivre à l’hiver. Plus largement, l’animal ainsi perturbé va développer une perte durable de confiance. Il risque de vivre ensuite dans un état de stress permanent, un peu comme une personne qui a été cambriolée » (24 Heures, 2017). Les dégâts causés à l’environnement sont également à prendre en compte, comme, par exemple, l’abroutissement des jeunes arbres dans une forêt protectrice (phénomène lors duquel les populations sont forcées à migrer vers d’autres terres, mangeant la pointe sommitale des jeunes arbres, qui, privés de leur cimes, poussent latéralement en buissons, diminuant le pouvoir protecteur des forêts). 

Certains chercheurs sont allés encore plus loin en menant une étude scientifique, afin de tenter de mesurer le stress induit par les amateurs de sports d’hiver, sur le lièvre variable des Alpes. Publié dans la célèbre revue Journal of Applied Ecologycet article révèle l’impact écologique provoqué par le ski alpin, empiétant considérablement sur les espaces naturels de la faune indigène. Les résidus hormonaux contenues dans les selles des animaux sont un indicateur du niveau de stress sans équivoque, qui s’est avéré anormalement élevé. Le lièvre variable des Alpes est une espèce nocturne de la famille des Léporidés, qui se repose durant la journée, surtout pendant la période hivernale ou il économise ses forces. Les dérangements perpétrés par les skieurs durant la journée ont entrainé des troubles du comportement sexuel voir même la mort de l'animal (CIPRA, 2013). Une préservation accrue de cette espèce devrait donc être mise en place, sachant, en plus, que cette dernière est déjà fortement menacée par le réchauffement climatique, d’origine anthropique. En effet, le lièvre variable des Alpes est également appelé lièvre blanc, puisque ce dernier se pare d’une fourrure porcelaine durant l’hiver. Ce changement de couleur s’observe tous les 6 mois, raison pour laquelle les hivers de plus en plus pauvres en neige, représentent un danger sans précédent pour cet animal, désormais incapable de se camoufler dans les prairies vertes, alors que son pelage blanc fait de lui une cible facile pour les prédateurs (France Bleue, 2020). “Les chercheurs demandent à présent à l'Office fédéral de l'environnement et aux cantons de prendre des mesures pour préserver l'espace vital du lièvre blanc” (Arcinfo, 2013). 


Un lièvre variable des Alpes s'est paré de son magnifique pelage blanc d'hiver

D’autre part, il a été démontré qu’une baisse de 36% d’apparition de Tetras Lyre s’observait sur les sites naturels munis de remontées mécaniques (Fig.1) (Patthey & al. 2008).

Le Tetra Lyre est un oiseau emblématique des Alpes, qualifié d’espèce parapluie, cet animal demeure dans une niche écologique très spécifique, leur présence témoigne donc d’une qualité de l’écosystème (WWF, 2020). Il est présent sur la liste rouge des espèces menacées suisses, et est une espèce prioritaire pour une conservation ciblée (Vogelwarte).

Graphique illustrant en ordonnées, le nombre d'apparition de coqs (Tétras lyre) et en abscisses une formule logarithmique intégrant le nombre de remontées mécaniques (ski). Les sites naturels représentés par des points présentent un nombre d'apparition plus élevé que les domaines skiables (triangles) à plus forte raison quand ceux-ci possèdent beaucoup de remontées mécaniques. (source: Patthey & al., 2008)

 

Le Tetra Lyre, Lionel Favre, apvl.ch

Les stratégies d’adaptation des animaux sauvages 

La nature est fascinante, les animaux ont su s’adapter et mettre en place des stratégies métaboliques, biologiques, et comportementales, afin de passer les hivers les plus glacials.  

Certains migrent dans des contrées plus favorables dès l’arrivée de l’hiver pour ne revenir qu’au printemps ; d’autres préfèrent l’hibernation, dans des petits nids douillets et abrités, passent l’hiver bien au chaud à dormir, ils hibernent ; et enfin les derniers restent sur place et tentent de survivre tant bien que mal, en développant des adaptations comme : se parer d'un pelage/plumage isolant, abaisser leur température corporelle (comme le cerf, jusqu’à 7°C), s’exposer à la chaleur du soleil.  

Un petit renard se repose à la chaleur du soleil

Ce dernier groupe d’espèces nécessite notre plus grande bienveillance, afin de les accompagner au mieux dans cette saison difficile, à travers des simples gestes, qui auront un impact considérable pour eux. 

Comment agir?

Surprendre la course d’un cerf, l’envol d’un tétras, l’éparpillement d’une harde de chamois suscite le plus souvent l’émerveillement de l’espèce humaine […] si esthétiques soient ces apparitions, elles expriment en réalité une détresse dont le bipède n’a souvent pas conscience” (24Heures Environnement, 2017). Vous l’aurez compris, la meilleure action à faire en cette période si difficile pour la faune sauvage est de vous faire...discret ! Cette dernière aspire au calme et à la tranquillité, et doit garder son énergie pour fuir en cas de besoin vital. 

Mais alors, comment pouvons-nous agir pour venir en aide à ses animaux durant ces périodes particulièrement difficiles ? 

L’idée ici n’est bien évidement pas de proscrire de ses vacances d’hiver, toutes les activités en nature ! Cependant, tous les vrais amoureux de la nature doivent être conscients de ce qui précède, afin de conserver ce patrimoine naturel si riche qu’elle nous offre. 

Voici une liste de gestes simples à appliquer lors de ses sorties en nature:

  • Respect des zones de tranquillité de la faune sauvage (consultables sous https://nature-loisirs.ch/carte) 

  • Restez sur les sentiers de promenade balisés, notamment en forêt 

  • Soyez discrets, parlez à voix basse, ne criez pas  

  • Eviter de marcher dans les lisières de forêt et les zones non enneigées, pour ne pas écraser la flore ou les ressources alimentaires des animaux 

  • Tenez votre chien en laisse, surtout en forêt, il pourrait effrayer les animaux ou les attaquer 

Les skieurs de fond suivent un sentier balisé 

 

Pour faire de votre jardin le jardin idéal de la biodiversité en hiver : 

  • Nourrissez les oiseaux uniquement durant les périodes de gel, avec des ingrédients très caloriques et gras comme des graines ou des boules de graisse 

  • Placez la mangeoire ou les boules de graisse suffisamment en hauteur pour préserver les oiseaux des attaques de chat, ou dans un endroit calme (pas d’enfants ou de chiens). Eviter de la placer près des fenêtres ou des routes pour éviter les collisions 

  • Jetez vos épluchures de fruit dans votre jardin pour permettre aux oiseaux, et autres petits visiteurs, de s’en sustenter 

Une petite mésange bleue se régale d'une boule de graisse, sacrée acrobate!

  • N’oubliez pas l’eau ! Vous pouvez la placer un sous pot plat afin qu’ils ne s’y noient pas, il faut renouveler l’eau régulièrement en y ajoutant de l’eau tiède en cas de gel 

  • Pour les hérissons, vous pouvez amasser des tas de branchages et de paille dans un coin de votre jardin, voir même leur confectionner une petite cabane (https://www.christinameissner.com/nature/sos-herissons/documentation/) 

  • Les insectes apprécieront aussi que vous leur laissiez du bois mort dans le jardin, afin qu’ils y fassent leur nid. Vous trouverez aussi des hôtels à insectes tout prêts à acheter, ou à confectionner (https://www.aujardin.info/fiches/maison-insectes.php) 

D'une manière générale, éduquer et sensibiliser vos enfants, ils sont notre avenir...

 

La nature vous remercie! 

Auteur: Hélène PRINDEZIS, diplômée d'un master Universitaire en Sciences environnementales, spécialiste en biodiversité. Assistante de direction secteur commercial chez Louve Papillon Swiss Sarl 

A Payerne le 25 Janvier 2021 

Références

Aider les animaux auxiliaires du jardinier à passer l'hiver. (s.d.). Récupéré sur Au jardin: https://www.aujardin.info/fiches/aider-animaux-auxiliaires-jardinier-passer-hiver.php

Arlettaz, P. P. (2008, Octobre 21). Impact des sports d'hiver de plein air sur l'abondance d'une espèce indicatrice clé des écosystèmes alpins. Journal of Applied Ecology, pp. 1704-1711.

Armand de RICQLÈS : professeur au Collège de France, c. d. (s.d.). Trois acceptions de l'adaptation des êtres vivants. Récupéré sur Universalis: https://www.universalis.fr/encyclopedie/adaptation-adaptation-biologique/1-trois-acceptions-de-l-adaptation-des-etres-vivants/

Comment aider les animaux en hiver ? (s.d.). Récupéré sur Réserve régionale Tourbière des saisies: https://www.reserve-regionale-tourbiere-des-saisies.com/comment-aider-les-animaux-en-hiver/

Comment aider les oiseaux en hiver ? (2017, Décembre 11). Récupéré sur Ligue de Protection des Oiseaux: https://www.lpo.fr/actualites/comment-aider-les-oiseaux-en-hiver-dp1

La nuit dernière a été la plus froide de l’hiver. (2021, Janvier 2021). Récupéré sur Le Matin: https://www.lematin.ch/story/la-nuit-derniere-a-ete-la-plus-froide-de-lhiver-389757330888

Letesse, V. (2020, Février 24). Manque de neige dans les Alpes : le lièvre variable va disparaître. Récupéré sur France Bleue Environnement: https://www.francebleu.fr/infos/environnement/manque-de-neige-dans-les-alpes-le-lievre-variable-va-disparaitre-1582123026

Matteo, F. W. (2017, janvier 2). Pour survivre à l’hiver, la faune aspire au calme. Récupéré sur 24 Heures: https://www.24heures.ch/savoirs/environnement/survivre-hiver-faune-aspire-calme/story/14847880

respect, S. d. (s.d.). 4 règles pour plus de nature. Récupéré sur Nature Loisirs: https://nature-loisirs.ch/sports-de-neige-et-respect

Schaan, a. (2013, décembre 13). Biodiversité : le stress visible dans les excréments de lièvre. Récupéré sur CIPRA Vivre dans les Alpes: https://www.cipra.org/fr/nouveautes/4965#:~:text=Ce%20stress%20entra%C3%AEne%20un%20besoin,la%20mort%20de%20l'animal

Sears, E. (2020). Prendre soin des oiseaux sauvages en hiver. Récupéré sur Fédération canadienne de la faune: http://blog.cwf-fcf.org/index.php/fr/prendre-soin-des-oiseaux-sauvages-en-hiver/

Suisse, L. o. (s.d.). Tétras lyre. Récupéré sur vogelwarte: https://www.vogelwarte.ch/fr/oiseaux/les-oiseaux-de-suisse/tetras-lyre

WWF. (s.d.). PROTÉGER LES TÉTRAS LYRES DES HAUTES FAGNES. Récupéré sur WWF Belgique: https://wwf.be/fr/nos-projets/tetras-lyres/